LMB Aerospace : une pépite française de la défense vendue aux Américains
Le gouvernement français fait face à une vive polémique après avoir autorisé la cession de LMB Aerospace, entreprise stratégique de la défense nationale, au groupe américain Loar Holdings pour 367 millions d'euros. Cette décision, révélée fin janvier 2026, cristallise les inquiétudes sur la capacité de la France à préserver son autonomie dans des secteurs clés de l'armement.
Installée à Malemort-sur-Corrèze depuis 1956, LMB Aerospace (LMB Fans & Motors) n'est pas une entreprise comme les autres. Cette ETI de 70 salariés développe et fabrique des moteurs et ventilateurs électriques qui équipent les fleurons de l'arsenal français : les avions de chasse Rafale, les sous-marins nucléaires lanceurs d'engins (SNLE), les hélicoptères Tigre, le char Leclerc ou encore le porte-avions Charles de Gaulle.
Avec un chiffre d'affaires de 50 millions d'euros – dont 80% réalisés à l'export, notamment aux États-Unis – la société représente un maillon essentiel de la base industrielle et technologique de défense (BITD) française. C'est précisément ce caractère stratégique qui rend sa cession à un groupe étranger si controversée.
Une autorisation malgré les réticences
Les négociations exclusives entre les trois fonds français détenteurs de LMB (Tikehau Ace Capital, Amundi Private Equity Funds et IDIA Capital Investissement) et l'américain Loar Holdings avaient débuté en février 2025. La transaction a été finalisée en décembre 2025 après l'autorisation du ministre de l'Économie Roland Lescure.
Selon le média La Lettre, cette autorisation aurait été accordée malgré un avis défavorable de la Direction générale de l'armement (DGA). Une information démentie par la DGA elle-même : « Nous avons donné notre accord », a assuré Benoît Laroche de Roussane, directeur de l'industrie de défense, dans les colonnes du Parisien.
Pour justifier cette cession, Bercy met en avant les « conditions extrêmement strictes et permanentes » imposées à l'acquéreur américain. L'État a notamment obtenu une « golden share », une action de préférence lui conférant un droit de veto sur les décisions stratégiques. Parmi les garanties : le maintien de la production en Corrèze et le respect illimité des contrats avec les entreprises militaires françaises.
Un tollé politique transpartisan
Ces assurances n'ont pas convaincu l'opposition. Le 28 janvier 2026, Jean-Luc Mélenchon (La France insoumise) et Jordan Bardella (Rassemblement national) ont dénoncé d'une même voix cette cession, accusant le gouvernement de ne pas avoir imposé une entrée au capital de Bpifrance pour préserver le contrôle français.
La députée LFI Aurélie Trouvé a qualifié la vente de « suicidaire », soulignant qu'« un industriel stratégique pour la défense et l'aéronautique française passe donc entre les mains des USA de Trump ». Une référence au contexte géopolitique tendu, marqué par les menaces de taxes américaines sur les produits français.
Le sénateur LR Cédric Perrin, président de la commission des Affaires étrangères et de la Défense, a également exprimé son désarroi : « Une fois de plus, c'est une partie de notre souveraineté et une entreprise française qui disparaît ». Face à l'ampleur des critiques, Roland Lescure a annoncé le lancement d'une mission parlementaire visant à « améliorer et rendre plus stricte » la procédure de contrôle des investissements étrangers en France.
Cette affaire relance le débat récurrent sur la protection du patrimoine industriel français, alors que l'Europe cherche à se doter d'outils face aux pressions économiques américaines. La « golden share » suffira-t-elle à garantir les intérêts nationaux face à un actionnaire étranger ? L'avenir le dira.