Aïcha Dahdouh plaide son innocence avant le délibéré du tribunal d'Oran
Psychiatre et épouse de l'écrivain Kamel Daoud, Aïcha Dahdouh est poursuivie en Algérie pour « divulgation de secret médical ». Le tribunal d'Oran doit rendre son délibéré mardi 27 octobre 2026. Dans une déclaration adressée à l'AFP, elle affirme qu'elle est innocente et dit ne pas partager les positions de son mari.
Aïcha Dahdouh a fait parvenir à l'AFP, dimanche 25 octobre, une déclaration dans laquelle elle rejette l'accusation qui la vise. Elle y écrit sans détour : « Je suis innocente. Je n’ai pas divulgué le secret médical. Je n’ai pas volé de dossier ». Elle ajoute que « le secret médical est l’un des fondements de l’éthique médicale, et je lui ai toujours été fidèle ». À la date de rédaction de cet article, ce lundi 26 octobre 2026, aucun verdict n'est connu.
La psychiatre explique qu'elle aurait voulu comparaître devant la justice algérienne. Elle affirme en avoir été empêchée par « le retentissement des positions de Kamel Daoud et une situation familiale douloureuse ». Elle ne donne aucun détail sur cette situation familiale. Le tribunal d'Oran doit se prononcer mardi, et c'est donc à ce moment seulement que le sort judiciaire de la praticienne sera connu.
Une plaignante qui se dit rescapée de la décennie noire
La plainte émane de Saâda Arbane, 32 ans, qui se présente comme une rescapée de la décennie noire. Elle a eu la gorge tranchée pendant la guerre civile algérienne. Elle accuse Kamel Daoud d'avoir utilisé son histoire personnelle dans son roman « Houris », sans que cette accusation ait été tranchée à ce stade.
Publié chez Gallimard, « Houris » a reçu le Prix Goncourt 2024, décerné le 4 novembre 2024. Le livre a été traduit en 32 langues et porte sur la guerre civile algérienne, qui a opposé le pays de 1992 à 2002 et fait près de 200 000 morts. Saâda Arbane affirme que le personnage d'Aube correspond à sa vie. Les mis en cause contestent cette lecture.
Selon la plaignante, les détails de son parcours seraient parvenus à l'écrivain par l'intermédiaire de son épouse, qui la suivait en thérapie depuis plusieurs années. C'est de là que procède la poursuite engagée contre la psychiatre pour divulgation de secret médical. Aïcha Dahdouh nie en bloc et affirme n'avoir ni divulgué d'information couverte par le secret ni dérobé le moindre dossier. Il reviendra au tribunal d'apprécier ces versions contradictoires.
L'affaire est devenue publique en novembre 2024, mais deux plaintes avaient déjà été déposées à Oran en août 2024. Elle a nourri depuis une vive controverse, dont on trouvera les débuts dans notre article sur la polémique de 2024 autour de la source d'inspiration de Kamel Daoud. Depuis, les procédures se sont multipliées, en Algérie comme en France.
Une déclaration qui prend ses distances avec son mari
Dans son message, Aïcha Dahdouh insiste sur le fait qu'elle parle en son nom propre. « La voix de Kamel Daoud ne doit pas effacer la mienne », écrit-elle. Elle affirme ne pas partager les positions de son mari sur « trois questions essentielles, l’Algérie, l’islam et la Palestine ». Les propos rapportés ne précisent pas la nature de ces désaccords.
La psychiatre place aussi le débat sur un terrain plus personnel. « Plus profondément encore, ce qui nous sépare, c’est le regard porté sur la douleur d’autrui », déclare-t-elle. Elle se présente ainsi comme une soignante attachée à son éthique professionnelle, et non comme la simple épouse d'un écrivain.
Le contexte judiciaire est lourd pour le couple. En avril 2026, Kamel Daoud a annoncé avoir été condamné en son absence en Algérie à trois ans de prison ferme, à la suite d'une plainte de l'Organisation nationale des victimes du terrorisme. Il vit en France et il lui est interdit d'entrer en Algérie. Sa défense dénonce un « harcèlement judiciaire » ; cette condamnation est détaillée dans notre article sur la peine de trois ans de prison prononcée pour « Houris ».
Une autre décision, rendue en France, est intervenue en septembre 2026. Le tribunal correctionnel de Paris a relaxé Kamel Daoud dans le procès en diffamation intenté par Saâda Arbane à propos d'un entretien accordé au Figaro au printemps 2025. Les juges ont estimé la diffamation non établie, la plaignante n'étant ni nommée ni clairement identifiable, et l'action manifestement infondée. Cette décision ne tranche toutefois pas l'accusation d'utilisation de l'histoire d'Arbane dans « Houris », qui relève d'une autre procédure.
Au moment où ces lignes sont écrites, la décision du tribunal d'Oran reste donc inconnue. Aïcha Dahdouh, comme toute personne poursuivie, bénéficie de la présomption d'innocence jusqu'à ce que la justice se prononce. Le délibéré attendu mardi dira si l'accusation de divulgation de secret médical est retenue ou écartée.