Le « racisme anti-Blancs » : une notion instrumentalisée par la droite et l’extrême droite
Par N.TPublié le
L’expression « racisme anti-Blancs » s’est progressivement imposée dans le débat public en France, notamment sous l’impulsion de responsables politiques de droite et d’extrême droite. Pourtant, cette notion ne résiste pas à l’analyse sociologique et historique du racisme, qui repose sur des structures systémiques de domination raciale. Contrairement aux discriminations subies par les minorités ethniques, les actes hostiles envers les personnes blanches ne s’inscrivent pas dans un système d’oppression historique et institutionnelle.
Récemment, plusieurs membres du gouvernement ont relayé l’idée d’un « racisme anti-Blancs ». Le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin, en son temps, suivi d’autres figures politiques, a évoqué cette notion en s’appuyant sur des cas isolés, comme celui d’une lycéenne traitée de « sale Blanche ». Cependant, ces déclarations omettent de contextualiser le phénomène et ignorent les données statistiques disponibles.
Une rhétorique politique, pas une réalité sociale
Les études, dont celles de l’Institut national d’études démographiques (Ined), montrent que les personnes blanches sont les moins exposées aux actes racistes en France. Seulement 15 % des membres de la «population majoritaire non paupérisée» déclarent avoir subi des insultes ou attitudes racistes, contre 60 % des descendants d’immigrés d’Afrique subsaharienne. Les chiffres du ministère de l’Intérieur confirment cette tendance : en 2020, moins de 7 % des plaintes pour actes racistes concernaient des victimes blanches, contre près de 50 % pour les personnes noires ou maghrébines.
Pour les sciences sociales, le racisme ne se limite pas à des insultes ou agressions individuelles. Il repose sur un système hiérarchique historiquement construit, qui accorde des privilèges aux uns et impose des discriminations aux autres. Comme l’explique la sociologue Christelle Hamel, « on ne rencontre pas de discrimination à l’emploi, au logement ou à la santé parce qu’on est Blanc ». À l’inverse, les personnes racisées subissent des inégalités structurelles, héritées du colonialisme et de siècles de racialisation.
Certains universitaires, comme le sociologue Éric Fassin, affirment ainsi que le « racisme anti-Blancs » n’a pas de sens dans une perspective sociologique. D’autres, comme le politologue Daniel Sabbagh, admettent une définition plus large du racisme, incluant des attitudes hostiles envers les Blancs. Cependant, même dans cette approche, les discriminations anti-Blancs restent marginales et sans commune mesure avec celles touchant les minorités.
Détourner l’attention des véritables enjeux
En promouvant l’idée d’un « racisme anti-Blancs », l’extrême droite et une partie de la droite cherchent à inverser les rôles, présentant les Blancs comme des victimes et minimisant les discriminations subies par les personnes racisées. Cette rhétorique participe d’une stratégie plus large de déni du racisme systémique, détournant l’attention des véritables enjeux d’égalité.
Certaines associations antiracistes, comme la Licra ou le Mrap, utilisent prudemment l’expression pour condamner toute forme de haine raciale. Mais d’autres, comme SOS Racisme, refusent de légitimer un concept qui occulte les inégalités raciales profondes.
Au final, si des actes hostiles envers des personnes blanches existent, ils ne constituent pas un « racisme » au sens systémique du terme. La focalisation sur cette notion relève davantage d’un combat idéologique que d’une réalité sociale, et risque d’affaiblir la lutte contre les véritables discriminations.