“Captifs” : l’Institut du Monde Arabe explore la mémoire des esclavages méditerranéens
À Paris, l’Institut du Monde Arabe (IMA) lève le voile sur une part méconnue de l’histoire : les esclavages méditerranéens. L’exposition “Captifs”, inaugurée ce 8 janvier 2026, plonge le visiteur dans trois siècles de servitude, d’échanges et de luttes autour de la mer commune.
De Tunis à Marseille, d’Alger à Gênes, la Méditerranée fut longtemps un espace d’échanges autant que de captures. L’exposition “Captifs : esclavages méditerranéens (XVIIe–XIXe siècles)” propose un parcours immersif où archives, objets et récits se croisent pour raconter ces vies prises entre deux rives. « Cette exposition rappelle que la Méditerranée ne fut pas seulement un espace de commerce et de culture, mais aussi un théâtre d’asservissement », explique Nadia Khemiri, commissaire de l’exposition.
Dans une scénographie sobre et enveloppante, le visiteur chemine entre les récits de marins enlevés, les lettres de rançon et les objets du quotidien des captifs. Les documents d’époque dévoilent un réseau complexe où la piraterie, les rivalités impériales et les échanges économiques se mêlaient. À travers plus de 200 pièces exposées, l’IMA entend réhabiliter une histoire partagée, trop longtemps effacée des manuels scolaires.
La mer comme mémoire et miroir du monde contemporain
La force de “Captifs” réside dans sa capacité à relier passé et présent. En s’appuyant sur des œuvres contemporaines inspirées de ces récits, l’exposition interroge la persistance des logiques de domination. «Comprendre les esclavages méditerranéens, c’est mieux saisir nos fractures actuelles autour des migrations, de la mémoire et de l’identité », souligne Jack Lang, président de l’IMA.
La Méditerranée apparaît ici comme un espace d’humanité contrariée, où les destins se croisent, s’affrontent, se réinventent. Dans une installation centrale, des voix enregistrées lisent les lettres de captifs demandant leur libération. Ces mots résonnent dans la pénombre, rappelant que « la mémoire n’est pas une mer calme, mais un rivage battu par les vagues du temps », selon l’artiste libanaise Hiba Kassis, dont les œuvres ponctuent le parcours.
Ouverte jusqu’au mois de juin 2026, l’exposition s’accompagne de conférences et d’ateliers éducatifs, en collaboration avec plusieurs musées du pourtour méditerranéen. À travers “Captifs”, l’Institut du Monde Arabe signe une réflexion essentielle sur la complexité des liens entre histoire, identité et transmission. Une plongée dans les profondeurs d’une mer qui, décidément, n’a pas fini de parler.