Alinéa au bord de la liquidation : près de 1 000 emplois menacés après le retrait du dernier repreneur
L'enseigne d'ameublement Alinéa, fondée en 1988 à Avignon, vit ses dernières heures. Le retrait du groupe roumain SDC Holding, seul candidat à la reprise souhaitant maintenir la marque, plonge les 1 200 salariés dans l'incertitude. Samedi 15 février, plusieurs dizaines d'entre eux se sont rassemblés devant le siège social d'Aubagne, dans les Bouches-du-Rhône, pour exprimer leur colère et leur détresse face à ce qu'ils considèrent comme la mort annoncée de leur entreprise.
Le couperet est tombé mercredi 12 février. Ce jour-là, SDC Holding, société roumaine qui proposait de reprendre Alinéa en conservant 575 emplois sur 1 172, ne s'est pas présentée devant le comité social et économique (CSE) pour défendre son offre. Un retrait brutal qui signe, de fait, la disparition programmée de l'enseigne provençale. « C'est la marque qui s'éteint avec le retrait de cette offre », a résumé Margaux Palvini, représentante FO à Aubagne, rappelant que les autres offres de reprise ne concernent que « les murs des magasins ».
Car si d'autres candidats restent en lice, aucun ne prévoit de maintenir le nom Alinéa. Les offres restantes prévoient la transformation des magasins en points de vente sous d'autres enseignes — Grand Frais, Ikea ou encore Leroy Merlin. Dans ce scénario, seuls 240 emplois environ pourraient être sauvés, selon les estimations syndicales. Près de 1 000 personnes vont donc perdre leur poste, un drame social qui touche l'ensemble du territoire national, des Bouches-du-Rhône à la Marne en passant par l'Hérault.
La détresse des salariés à Aubagne
Samedi matin, l'émotion était palpable devant le siège social d'Alinéa, à Aubagne. Des salariés venus de toute la région Provence-Alpes-Côte d'Azur se sont rassemblés pour exprimer leur incompréhension face à ce qu'ils vivent comme un abandon pur et simple. Gilda Rodriguez, 26 ans d'ancienneté dans l'entreprise, n'a pas caché sa douleur : « On a tous été envahis de tristesse », a-t-elle confié à l'AFP. Pierre Jacquot, salarié fidèle à quatre ans de la retraite, a exprimé son amertume avec des mots poignants : « À 59 ans et demi, on vous dit "merci, au revoir". Je le vis mal. »
Letizia Franzoso, responsable des ressources humaines sur le site d'Aubagne, a pour sa part évoqué « la deuxième douche froide après l'annonce des offres de reprise partielles », traduisant le sentiment d'une trahison ressentie par de nombreux collaborateurs. Dans les Bouches-du-Rhône, ce sont 291 postes qui vont être supprimés entre les sites d'Aubagne, de Toulon et de Cabriès. Des mobilisations similaires ont eu lieu simultanément dans toute la France, notamment à Thillois, près de Reims, et à Pérols, dans l'Hérault, où les salariés ont débrayé pour réclamer un plan de sauvegarde de l'emploi à la hauteur de leurs années de service.
Une saga industrielle marquée par les crises
Fondée en juin 1988 à Avignon, Alinéa avait ouvert son premier magasin au Pontet en novembre 1989, se positionnant comme une alternative française accessible sur le marché de l'ameublement et de la décoration. L'enseigne, qui appartient à la galaxie Mulliez — le même groupe familial derrière Auchan, Decathlon et Leroy Merlin —, avait déjà traversé une passe critique en 2020. Placée une première fois en redressement judiciaire en pleine pandémie de Covid-19, elle avait alors été reprise par ses propres actionnaires grâce à une ordonnance gouvernementale exceptionnelle, perdant au passage 17 magasins sur 26 et près de 1 000 emplois sur 1 800.
L'histoire se répète six ans plus tard, en plus sombre encore. Le 20 novembre 2025, le tribunal de commerce de Marseille a de nouveau placé Alinéa en redressement judiciaire. L'exercice 2024 affichait un bilan catastrophique : 47 millions d'euros de pertes pour un chiffre d'affaires de seulement 162 millions d'euros. Un gouffre financier que personne n'a réussi à combler, dans un secteur de l'ameublement durement concurrencé par les géants du e-commerce. Ce naufrage rappelle d'autres liquidations récentes dans le paysage économique français, comme celle de Brandt, ancienne vitrine européenne de Cevital, qui a elle aussi laissé des centaines de salariés sur le carreau.
Les salariés d'Alinéa réclament désormais un reclassement au sein des autres enseignes du groupe Mulliez ou, à défaut, des indemnités suffisantes pour financer leur reconversion professionnelle. Le prochain rendez-vous décisif est fixé au 5 mars, date à laquelle le tribunal des affaires économiques de Marseille recevra les offres définitives des candidats à la reprise. Une décision devrait être rendue dans les deux semaines suivantes. Pour les quelque 1 200 salariés d'Alinéa, dispersés dans 35 magasins à travers la France, l'attente s'annonce longue et douloureuse.