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Hôpital Tenon : des soignantes se mobilisent contre la « chasse aux calots »

Une centaine de personnes se sont rassemblées vendredi 13 février devant l'hôpital Tenon, dans le 20e arrondissement de Paris, pour dénoncer les sanctions infligées à des soignantes portant le calot. Au cœur de cette mobilisation : le soutien à Majdouline B., infirmière à la Pitié-Salpêtrière, mise à pied huit mois après avoir été partiellement réhabilitée par la justice. Les manifestants dénoncent une « chasse aux sorcières » menée au nom de la laïcité.

Le rassemblement, organisé à l'appel de la CGT et du NPA, a réuni personnels hospitaliers, syndicalistes et élus devant l'établissement parisien. « Dans tous les services, on fait une chasse aux sorcières », lâche une infirmière de l'hôpital Tenon, venue témoigner avec plusieurs de ses collègues. Trois jeunes soignantes sont descendues de leur service pour exprimer leur solidarité. « Ce qu'on a sur la tête ne dit rien de la qualité de notre travail », affirment-elles.

L'affaire a pris une dimension nationale avec le cas de Majdouline B. Infirmière depuis 2018 à la Pitié-Salpêtrière, elle a été révoquée et radiée de la fonction publique le 10 novembre 2025 pour avoir refusé d'ôter son calot chirurgical. En un an, elle avait fait l'objet de six convocations et d'un blâme avant de passer devant un conseil disciplinaire en octobre 2025. Son avocat assure qu'elle « n'a jamais revendiqué d'appartenance religieuse », estimant que le port du calot relève de sa vie privée.

Une décision de justice contournée par l'AP-HP

Le 6 janvier 2026, le tribunal administratif de Paris a suspendu en référé la révocation de Majdouline B., jugeant la sanction « disproportionnée ». La juridiction reconnaissait l'existence « d'une faute susceptible de justifier une sanction disciplinaire », tout en ordonnant la réintégration de l'infirmière sous un mois. Mais l'AP-HP a choisi de remplacer la révocation par une mise à pied disciplinaire de huit mois, privant la soignante de tout revenu et de toute possibilité d'exercer.

« J'irai jusqu'au bout », a lancé Majdouline B. devant les manifestants réunis à Tenon, sous les applaudissements. Aurélie-Anne Thos, infirmière et militante CGT à Tenon, dénonce un climat délétère : « Le CDD d'une aide-soignante ne va pas être reconduit parce qu'elle porte le calot. On en a marre de ce soupçon permanent. » Blandine Chauvel, du syndicat Sud à la Pitié-Salpêtrière, rappelle que « Majdouline n'est pas un cas isolé ».

À l'hôpital Tenon, des soignantes sont sanctionnées pour le port du calot, y compris lorsqu'un avis médical en atteste la nécessité. La CGT cite le cas d'une collègue disposant de trois avis médicaux favorables, dont celui de la médecine du travail, et dont la direction a pourtant contesté le diagnostic. Une autre soignante se serait vu refuser une titularisation en CDI après plusieurs années de CDD, en raison de son couvre-chef.

La charte de la laïcité en question

Cette vague de sanctions découle d'un durcissement des directives de l'AP-HP, officialisé par une charte de la laïcité diffusée en novembre 2023. Le document introduit la notion de « détournement de la tenue professionnelle » et liste quinze situations concrètes pouvant justifier des poursuites disciplinaires. Parmi elles, le port d'un calot dans un service où il n'est pas considéré comme obligatoire. L'AP-HP estime que « tout signe peut devenir religieux par la volonté de celui qui le porte ».

La députée Danielle Simonnet, élue de Paris au sein du groupe écologiste et social, présente au rassemblement, a interrogé : « Est-ce que vraiment ça menace la laïcité ? » Les manifestants pointent le fait que seules des femmes sont visées par ces procédures : médecins, infirmières, aides-soignantes, toutes suspectées de dissimuler une appartenance religieuse derrière un accessoire d'hygiène courant en milieu hospitalier.

La mobilisation ne faiblit pas. Le 17 février, les collectifs Révolution Permanente, SOS Soigner ou saigner et Santé engagée solidaire ont organisé une distribution de calots dès 7 heures du matin devant la Pitié-Salpêtrière, appelant l'ensemble des soignants à porter le couvre-chef en solidarité. Au sein de la CGT, « la discussion a été facile », confie Astrid Petit. Le syndicat s'est d'ailleurs associé à la plainte de Majdouline, aux côtés de la Ligue des droits de l'homme et du syndicat Solidaires. L'affaire illustre les tensions croissantes autour de la question religieuse en France, où la frontière entre laïcité et discrimination reste un sujet de vif débat.

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