Sabrina Sebaihi : « On a fait de l'Algérie un sujet de haine »
Vice-présidente du groupe d'amitié France-Algérie à l'Assemblée nationale, la députée écologiste Sabrina Sebaihi tire la sonnette d'alarme. Invitée de « Complément d'enquête » sur France 2, elle affirme recevoir bien plus de menaces et d'insultes lorsqu'elle aborde le sujet algérien que sur tout autre dossier sensible, y compris la Palestine ou l'Iran.
« On me traite de cinquième colonne, de traître, et je reçois des menaces de mort. On me dit que je ne suis pas française, que je mérite la peine de mort, que certains viendront jusqu'à l'Assemblée nationale. » Les mots de Sabrina Sebaihi sont glaçants. Cette élue des Hauts-de-Seine, née de parents algériens, est devenue malgré elle le symbole des tensions qui déchirent les deux rives de la Méditerranée.
Chaque prise de parole sur l'Algérie déclenche une avalanche de haine. La députée a reçu un courrier menaçant de « représailles » ainsi qu'une photo de couteau ensanglanté. Elle a porté plainte. Quand la pression devient insupportable, elle cesse de publier son agenda en ligne. Mais elle refuse de céder : « Je ne céderai pas à l'intimidation. »
Une crise diplomatique instrumentalisée
Le documentaire « Rumeurs et coups tordus : la guerre secrète France-Algérie », diffusé le 22 janvier sur France 2, décortique cette crise qualifiée de la plus grave depuis la guerre d'Algérie. L'ambassadeur Stéphane Romatet a quitté Alger depuis neuf mois, rappelé par Emmanuel Macron. Du jamais vu. Le diplomate appelle désormais au dégel, inquiet d'une crise qui s'enlise.
Pour Sabrina Sebaihi, le ministre de l'Intérieur Bruno Retailleau incarne les idées de l'extrême droite au sein du gouvernement. « Pour cette mouvance, l'Algérie représente un échec dont les plaies ne sont toujours pas refermées », analyse-t-elle. Elle l'accuse d'instrumentaliser cette relation pour servir ses ambitions présidentielles en vue de 2027.
Les rumeurs absurdes se multiplient de chaque côté de la Méditerranée. Les bûches de Noël traquées en Algérie ? Le couscous bientôt interdit en France ? Si certaines font sourire, elles révèlent la profondeur du malaise.
« Fière d'être française et algérienne »
Face à Tristan Waleckx, Sabrina Sebaihi revendique sa double identité : « Oui, je suis française. Et oui, je suis algérienne. Et je suis fière de mon histoire. » Elle décrit une « algérophobie » ambiante, des médias présentant l'Algérie « de manière exclusivement négative » à longueur de journée.
La députée rapporte le désarroi de Français d'origine algérienne : « Ils paient leurs impôts, contribuent à la société, et se sentent constamment visés par un climat hostile. » Son grand-père a combattu le fascisme. Elle entend perpétuer cet héritage en refusant de se taire.
Le travail de mémoire entre la France et l'Algérie reste indispensable selon elle. En avril 2023, alors qu'elle rapportait une proposition de résolution visant à faire reconnaître la répression du 17 octobre 1961 comme « crime d'État », les premières menaces étaient arrivées. Depuis, elles n'ont jamais cessé.