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Maroc-Israël : le royaume chérifien, nouvelle terre promise de Tel-Aviv ?

Depuis la signature des accords d'Abraham en décembre 2020, les relations entre le Maroc et Israël ont connu une accélération spectaculaire. Exercices militaires conjoints avec la brigade Golani, exploitation gazière au Sahara occidental par des firmes israéliennes, litiges fonciers impliquant des Marocains juifs revenus d'Israël : le royaume chérifien semble devenir une nouvelle terre d'opportunités pour Tel-Aviv, au grand dam d'une partie de la population locale.

Le rapprochement entre Rabat et Tel-Aviv ne se limite plus aux échanges diplomatiques et touristiques. Les domaines stratégiques sont désormais au cœur de cette alliance. Israël est devenu le troisième fournisseur d'armes du Maroc, représentant 11 % de ses importations militaires. En février 2025, Rabat a signé un contrat de 150 à 200 millions de dollars avec Elbit Systems pour l'acquisition de 36 systèmes d'artillerie automoteurs Atmos-2000. Le royaume prévoit également d'acquérir un satellite espion de l'Israel Aerospace Industries pour près d'un milliard de dollars.

La brigade Golani foule le sol marocain

L'exercice militaire African Lion 2025, organisé par le commandement américain pour l'Afrique, a cristallisé les tensions. Pour la première fois, la brigade d'infanterie Golani de Tsahal s'est entraînée sur le sol marocain aux côtés des forces royales. Des vidéos ont montré les deux armées s'exercer ensemble à la guerre souterraine, utilisant des systèmes robotiques et des équipements de surveillance avancés.

Cette présence a provoqué une vague d'indignation. Le Front Marocain de Soutien à la Palestine a qualifié la participation israélienne de « provocation », rappelant que cette même brigade est accusée du massacre de quinze ambulanciers à Rafah. L'Algérie a boycotté l'exercice en signe de protestation.

Sur le plan économique, les entreprises israéliennes s'implantent durablement. NewMed Energy, du milliardaire Yossi Abu, a obtenu un permis d'exploration de près de 29 000 km² dans le bloc « Boujdour Atlantique », au large du Sahara occidental. La compagnie Ratio Petroleum détient quant à elle les droits sur le bloc « Dakhla Atlantique », s'étendant sur 106 000 km². Ces accords ont suscité les critiques des îles Canaries et de juristes internationaux, qui rappellent que la Cour de justice de l'Union européenne a invalidé en octobre 2024 les accords UE-Maroc s'appliquant au Sahara occidental.

Expulsions et tensions foncières

Autre point de friction : les revendications foncières. Depuis la normalisation, des Marocains témoignent avoir reçu des ordres d'expulsion de propriétés qu'ils occupent depuis des décennies. À Tanger, une affaire impliquant une ferme de 14 hectares dans le quartier Benkirane a fait grand bruit, bien que les détails restent contestés. En janvier 2025, à Zagora, des familles ont été expulsées de terres qu'elles occupaient depuis 90 ans.

Ces situations alimentent un sentiment de dépossession chez certains Marocains. « Qu'est-ce que les Israéliens ont fait aux Palestiniens ? Ils les ont fait sortir de leurs terres. Nous aussi, nous subissons la même chose », a déclaré une manifestante lors d'un rassemblement à Tanger. Selon une enquête de l'Arab Barometer de 2022, 75 % des Marocains restent opposés à l'établissement de relations avec Israël.

Malgré cette opposition populaire, la coopération stratégique entre Rabat et Tel-Aviv continue de s'approfondir. Les échanges commerciaux ont bondi de 64 % au premier semestre 2024. Un accord de coopération maritime a été approuvé en mai 2025. Le potentiel touristique est estimé à un million de visiteurs israéliens par an, les 700 000 Israéliens d'origine marocaine entretenant des liens forts avec le royaume.

Le Maroc marche sur une ligne de crête : tirer profit d'une alliance stratégique avec Israël tout en contenant la colère d'une population majoritairement solidaire de la cause palestinienne. En avril 2025, des dizaines de milliers de Marocains manifestaient encore à Rabat contre la guerre à Gaza. La question demeure : jusqu'où le royaume peut-il aller sans provoquer une fracture interne ?

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