sfy39587stp17
Aller au contenu principal

Le Liban accuse Israël de pulvériser du glyphosate sur les cultures du sud du pays

Le Liban a formellement accusé Israël d'avoir pulvérisé du glyphosate, un puissant herbicide, depuis des avions militaires sur les terres agricoles du sud du pays. Les analyses de laboratoire ont révélé des concentrations 20 à 30 fois supérieures aux normes internationales admises. Le président libanais Joseph Aoun a dénoncé un « crime contre l'environnement et la santé », tandis que les organisations internationales qualifient l'opération de possible crime de guerre.

Les faits remontent au dimanche 1er février 2026. Ce jour-là, des avions israéliens ont survolé plusieurs villages du Liban-Sud, notamment Aïta el-Chaab, Marwahine et Ramiyé, dans le caza de Bint Jbeil, en y déversant une substance chimique alors non identifiée. La FINUL, la force de maintien de la paix des Nations unies déployée dans la zone, avait été prévenue par l'armée israélienne d'une « activité aérienne » prévue près de la Ligne bleue, avec la consigne de rester à l'abri. Plus de dix activités de terrain ont été annulées et les patrouilles suspendues pendant neuf heures.

Du glyphosate à des taux alarmants

Quatre jours plus tard, les ministères libanais de l'Agriculture et de l'Environnement ont livré les résultats des analyses. La substance identifiée est du glyphosate, l'herbicide le plus utilisé au monde, rendu célèbre par les controverses autour du Roundup de Monsanto. Mais les concentrations relevées dans les échantillons de sol sont sans commune mesure avec un usage agricole ordinaire : « entre 20 et 30 fois les niveaux habituellement admis par les normes internationales », selon les deux ministères. Le ministre de l'Agriculture Nizar Hani a averti que les dégâts sur les sols et les nappes phréatiques pourraient être durables, mettant en péril « la production agricole, la fertilité des sols et l'équilibre écologique » de la région.

Les terres visées, particulièrement celles d'Aïta el-Chaab, sont riches en oliviers, en cultures maraîchères et en vergers. Elles constituent un pilier économique pour les communautés du sud. L'opération intervient au moment le plus critique de la saison agricole, lorsque les fermiers préparent les semis et les récoltes printanières. Le chercheur de Human Rights Watch Ramzi Kaiss a souligné que « ces zones sont fortement dépendantes de l'agriculture » et que cet incident « complique la capacité des habitants à revenir chez eux et à reconstruire après des destructions massives ».

Un « écocide » dénoncé par la communauté internationale

La réaction internationale a été vive. Le président Joseph Aoun a ordonné aux agences gouvernementales de prendre « toutes les mesures diplomatiques et juridiques » pour répondre à cette « agression », qualifiant l'opération de « violation flagrante » de la souveraineté libanaise. La Commission nationale des droits de l'homme libanaise a qualifié l'épandage de « crime d'écocide », appelant à la création d'un mécanisme international d'enquête indépendant.

L'Observatoire euro-méditerranéen des droits de l'homme (Euro-Med Monitor) est allé plus loin, estimant que « le ciblage délibéré des terres agricoles civiles viole le droit international humanitaire, en particulier l'interdiction d'attaquer ou de détruire des biens indispensables à la survie de la population civile ». L'organisation a qualifié ces pulvérisations de crime de guerre, les inscrivant dans une stratégie plus large de terre brûlée qui aurait déjà entraîné la destruction d'environ 9 000 hectares de terres agricoles par des munitions incendiaires et au phosphore blanc.

La FINUL a elle aussi condamné l'opération, soulignant que « ce n'est pas la première fois que l'armée israélienne pulvérise des substances chimiques inconnues depuis des avions au-dessus du Liban ». Les Casques bleus ont qualifié ces activités d'« inacceptables et contraires à la résolution 1701 ». Le même type de pulvérisations a été documenté dans la région de Qouneïtra, en Syrie, les 26 et 27 janvier 2026.

Du côté israélien, les Forces de défense (Tsahal) n'ont fait aucun commentaire sur l'affaire. Des analystes estiment que cette opération s'inscrit dans la stratégie de création d'une zone tampon frontalière, visant à éliminer la couverture végétale dense qui, selon les responsables militaires, facilite les infiltrations du Hezbollah. En avril 2025, la FAO avait déjà estimé à plus de 700 millions de dollars les dommages causés au secteur agricole libanais par le conflit de 2024. Cette nouvelle escalade environnementale pourrait aggraver considérablement ce bilan.

sfy39587stp16