Déserts médicaux : ces maires qui prennent en main la santé de leurs administrés
Alors que plus de six millions de Français n'ont toujours pas de médecin traitant et que les déserts médicaux ne cessent de s'étendre, un nombre croissant de maires décide de prendre les choses en main. Création de centres de santé municipaux, recrutement de médecins salariés, partenariats hospitaliers : les élus locaux investissent massivement dans la santé, quitte à se substituer à un État jugé défaillant. « Quand l'État ne remplit pas son rôle, il faut bien s'y substituer », résument nombre d'entre eux.
Le constat est sans appel. Selon le Baromètre santé-social 2025, publié par la Mutualité Française et l'Association des maires de France, l'accessibilité aux soins varie d'un facteur de un à sept selon les territoires. Six Français sur dix se déclarent insatisfaits de l'offre de soins dans leur commune. Dans les zones rurales et périurbaines, la situation est souvent critique : des bourgs entiers se retrouvent sans généraliste, les urgences hospitalières sont saturées, et les délais de rendez-vous s'allongent dangereusement.
Face à cette réalité, les maires montent au créneau. À Montreuil, en Seine-Saint-Denis, la municipalité a inauguré le centre municipal de santé Savaterro, présenté comme « le plus grand d'Europe », avec 1 000 mètres carrés, dix-huit médecins, six dentistes et quatorze paramédicaux. À l'autre bout du spectre, La Chèze, village de 800 habitants dans les Côtes-d'Armor, fait tourner son petit centre communal en salariant à temps partiel trois généralistes. Entre ces deux extrêmes, des centaines de communes déploient des solutions innovantes pour maintenir un accès aux soins de proximité.
Des élus locaux en première ligne malgré l'absence de compétence officielle
Le paradoxe est saisissant. En droit français, « la politique de santé relève de la responsabilité de l'État », comme le rappelle le code de la santé publique. Les communes ne disposent d'aucune compétence obligatoire en la matière, hormis les pouvoirs de police sanitaire du maire. Pourtant, ce sont bien les élus locaux que les habitants interpellent en premier lorsque leur médecin part à la retraite sans successeur.
Le département du Lot a ouvert la voie dès 2017, en créant trois centres médicaux où cinq médecins exercent en tant que salariés de la collectivité. La Saône-et-Loire a suivi avec pas moins de 37 docteurs embauchés. En 2019, la région Centre-Val de Loire s'est lancé un défi ambitieux : recruter 300 médecins salariés en huit ans. Cinq ans plus tard, 63 praticiens se sont installés – un chiffre en deçà des objectifs, mais qui témoigne de la difficulté structurelle du recrutement médical en France.
Les stratégies déployées par les communes sont multiples : proposer des locaux modernes et équipés, prendre en charge les loyers, offrir des conditions salariales attractives, ou encore nouer des partenariats avec les hôpitaux pour détacher des médecins à temps partagé. À Bourcefranc-le-Chapus, en Charente-Maritime, la municipalité a même installé une banderole à l'entrée du bourg pour recruter deux médecins – un « SOS » devenu tristement banal sur les routes de France.
Le réseau France Santé, une réponse nationale encore insuffisante
Le gouvernement tente de répondre à l'urgence. Le Premier ministre Sébastien Lecornu a annoncé la création du réseau France Santé, avec l'objectif de déployer 2 000 structures d'ici l'été 2026 et 5 000 d'ici 2027, garantissant un accès aux soins à moins de trente minutes pour chaque Français. Une enveloppe de 130 millions d'euros supplémentaires est prévue dans le budget de la Sécurité sociale pour 2026.
Autre levier : le dispositif des « docteurs juniors ». Dès novembre 2026, plus de 3 700 internes de quatrième année de médecine générale exerceront sur l'ensemble du territoire, avec de fortes incitations à s'installer en zone sous-dense. La défense du service public de santé est devenue un combat transversal, mobilisant l'ensemble de l'échiquier politique.
Mais ces annonces peinent à convaincre. Au Sénat, plusieurs parlementaires craignent que le réseau France Santé ne soit qu'une « opération d'affichage politique » rendant visibles des structures existantes sans créer de nouveaux postes de médecins. Les maires, eux, réclament davantage de pouvoir : ils veulent que le préfet de département devienne « le patron en matière de santé » et disposent de plus de latitude vis-à-vis des Agences régionales de santé.
À quelques semaines des élections municipales de mars 2026, la santé s'impose comme la priorité numéro un des Français pour leur prochain maire, selon une enquête de France Assos Santé. Soixante-dix pour cent des sondés la placent en tête de leurs attentes, toutes régions et tailles d'agglomération confondues. Le message est clair : les citoyens attendent de leurs élus locaux qu'ils agissent, avec ou sans compétence officielle. Une pression démocratique qui ne devrait que s'accentuer dans les mois à venir.