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Russie : WhatsApp et Telegram dénoncent une tentative de blocage au profit d'une app d'État

Les autorités russes ont engagé une offensive sans précédent contre les messageries étrangères. WhatsApp, propriété de Meta, a dénoncé mardi 11 février une tentative de blocage total de ses services en Russie, tandis que Telegram subit depuis plusieurs jours un étranglement de son réseau. Les deux plateformes accusent le Kremlin de vouloir forcer près de 200 millions d'utilisateurs à migrer vers Max, une application nationale qualifiée par ses détracteurs d'outil de surveillance étatique.

Le bras de fer a pris une tournure publique lorsque WhatsApp a publié un message cinglant sur le réseau X : « Le gouvernement russe a tenté de bloquer complètement WhatsApp afin de pousser les gens vers une application de surveillance détenue par l'État », a déclaré la filiale de Meta. L'entreprise a ajouté qu'« isoler plus de 100 millions d'utilisateurs d'une communication privée et sécurisée est un pas en arrière qui ne peut que réduire la sécurité des citoyens russes ».

Le Kremlin n'a pas nié. Le porte-parole de la présidence, Dmitri Peskov, a confirmé le blocage en invoquant « la réticence de l'entreprise à respecter la loi russe ». Il a appelé les citoyens à se tourner vers Max, qu'il a qualifiée de « messagerie nationale en émergence ».

Côté Telegram, la situation n'est guère meilleure. Le régulateur des télécommunications Roskomnadzor a annoncé des mesures de restriction d'accès, entraînant des ralentissements notables, notamment sur le téléchargement de vidéos. Le fondateur Pavel Dourov a vivement réagi, dénonçant une tentative de « forcer les citoyens russes à migrer vers une application contrôlée par l'État, conçue pour la surveillance et la censure politique ».

Max, la super-application adoubée par le Kremlin

Au cœur de cette stratégie se trouve Max, une messagerie développée par VK, le géant russe des réseaux sociaux. Lancée en 2025, cette application se présente comme une « super-app » sur le modèle du chinois WeChat, combinant messagerie, accès aux services administratifs et commerces en ligne. Depuis 2025, elle est obligatoirement préinstallée sur tous les smartphones et tablettes vendus en Russie.

Mais les défenseurs des droits numériques tirent la sonnette d'alarme. Max ne dispose pas de chiffrement de bout en bout et déclare ouvertement partager les données de ses utilisateurs avec les autorités sur demande. Avec 70 millions d'utilisateurs mensuels en décembre 2025, elle reste toutefois derrière WhatsApp (94,5 millions) et Telegram (93,6 millions), ce qui explique la pression exercée par Moscou pour accélérer la transition.

La manœuvre s'inscrit dans un contexte réglementaire draconien. Depuis le 1ᵉʳ janvier 2026, tous les services internet opérant en Russie sont tenus de conserver les messages de leurs utilisateurs pendant trois ans et de les remettre aux agences de sécurité sur simple demande. Cette obligation couvre l'intégralité des communications : audio, vidéo, texte et métadonnées, y compris les messages supprimés par les utilisateurs. Une exigence qu'aucune messagerie soucieuse de la vie privée ne peut accepter sans renier ses principes fondamentaux.

Une escalade qui divise jusqu'au sein du pouvoir russe

Cette offensive ne fait pas l'unanimité, y compris parmi les soutiens du régime. Les blogueurs militaires, très actifs sur Telegram pour couvrir le conflit en Ukraine, ont exprimé leur colère. L'un d'eux a accusé Roskomnadzor d'« aider l'ennemi » en contraignant les troupes russes à compter sur des « pigeons voyageurs ». Le député fédéral Mikhaïl Deliaguine a quant à lui suggéré qu'un blocage total pourrait intervenir après les élections parlementaires de septembre 2026.

Pavel Dourov a comparé la situation à celle de l'Iran, qui avait tenté de bannir Telegram il y a huit ans. Malgré l'interdiction, la majorité des Iraniens continuent d'utiliser la messagerie en contournant la censure via des VPN. En Russie aussi, le recours aux réseaux privés virtuels explose, bien que les autorités s'emploient à les bloquer systématiquement.

Cette répression numérique s'inscrit dans une stratégie plus large de construction d'un « internet souverain ». YouTube a été ralenti dès 2024. Les appels vocaux et vidéo sur WhatsApp, Telegram, FaceTime et Snapchat ont été bloqués en 2025. Signal et Viber ont été interdits. En janvier 2026, la Douma d'État a adopté en première lecture un projet de loi autorisant le FSB à couper l'accès à internet sur l'ensemble du territoire.

Selon The Moscow Times, la Russie a enregistré en 2025 le plus grand nombre de coupures d'internet et les niveaux de censure en ligne les plus sévères au monde. Un record que le Kremlin semble déterminé à maintenir, quitte à isoler ses citoyens du reste du monde numérique.

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