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Après les violences, l'OAT monte à 4,92 % et le CAC 40 cède 1,11 % avant Moody's

Les violences qui ont accompagné la mobilisation du samedi 17 octobre ont trouvé leur traduction sur les marchés dès lundi 19 octobre 2026. Le rendement de l'OAT à dix ans est monté à 4,92 % dans les derniers échanges, contre 4,80 % vendredi soir, selon l'AFP, et le CAC 40 a clôturé en baisse de 1,11 %, à 7 868,05 points. Les banques françaises ont mené le repli, à quatre jours de l'examen de la note souveraine par Moody's, attendu vendredi 23 octobre.

Le contexte tient en quelques chiffres. Samedi, les manifestations contre la vie chère, auxquelles se sont jointes des revendications lycéennes, ont rassemblé entre 500 000 et 800 000 personnes selon les comptages cités par Capital. Des pillages et des dégradations ont ensuite touché de nombreuses villes : le ministère de l'Intérieur a fait état dimanche de 2 397 interpellations et de 997 policiers et gendarmes blessés, d'après ICI (Radio France). À Marseille, la mairie a été envahie et un commissariat visé. Le ministre du Commerce, Serge Papin, a chiffré lundi à au moins 3 000 le nombre de commerces dégradés ou pillés.

Sur le marché obligataire, la réaction a été immédiate. Vers 9 h, le rendement de l'OAT à dix ans progressait déjà de 6,6 points de base, à 4,8467 %, alors que le Bund allemand restait presque stable à 3,41 %, selon Reuters. En début d'après-midi, la dépêche actualisée de l'agence situait le taux français à 4,8712 %, en hausse de 9 points de base, et l'écart avec l'Allemagne à environ 145 points de base, son plus haut niveau depuis deux semaines mais encore loin du pic proche de 160 points touché début octobre. En fin de séance, l'AFP mesurait cet écart à 1,47 point de pourcentage, contre 1,37 vendredi. Une précision pour lire ces chiffres : quand le rendement monte, le prix des obligations déjà en circulation baisse, et l'État paie plus cher ses prochaines émissions.

Le CAC 40 recule, les banques en première ligne

La Bourse de Paris a ouvert en repli de 0,98 %, à 7 878,81 points, selon Reuters, puis creusé ses pertes jusqu'à 1,52 % vers 11 h 53 GMT, avant de terminer à 7 868,05 points, en baisse de 1,11 %, d'après BFM Bourse et l'AFP. L'indice avait gagné 2 % la semaine précédente, rappelle MoneyVox. Société Générale a cédé 3,41 %, à 62,27 euros, Crédit Agricole 2,64 % et BNP Paribas 2,48 %. Accor (-3,03 %), Unibail-Rodamco-Westfield (-2,05 %) et AXA (-1,66 %) figuraient aussi parmi les plus fortes baisses de l'indice.

Le mouvement s'est propagé aux autres places du continent. Selon l'AFP, Londres a perdu 1,08 %, Francfort 1,18 %, Milan 1,55 % et Madrid 1,49 %. « Ces violences mettent de l'huile sur le feu d'une situation déjà tendue pour la France, entre finances publiques dégradées, difficultés à adopter un budget et perspectives de croissance très faibles », a expliqué à l'agence Charlotte de Montpellier, économiste chez ING. Wall Street a fait exception : vers 15 h 50 GMT, le Nasdaq reprenait 1,76 % et le S&P 500 0,88 %, portés par un rebond des valeurs technologiques. Reuters signale aussi une tension sur l'Italie, surveillée pour un éventuel effet de contagion, où le rendement à dix ans gagnait 7,6 points de base, à 4,5518 %.

Moody's vendredi, et une facture qui reste à chiffrer

Moody's doit actualiser vendredi la note de la France, aujourd'hui Aa3 assortie d'une perspective négative, rappelle MoneyVox ; la décision est attendue après la clôture des Bourses européennes, selon Zonebourse. Les analystes de Commerzbank, cités par Reuters, estiment qu'une dégradation ne ferait qu'aligner Moody's sur ses homologues, avec un impact limité sur la dette. Christopher Dembik, conseiller en stratégie d'investissement chez Pictet AM, est plus sombre auprès de l'AFP : « De nouvelles dégradations de la note souveraine française sont à prévoir si les finances publiques ne se redressent pas. » À ce niveau d'écart avec l'Allemagne, ajoute-t-il, la dette française se négocie comme celle d'un émetteur noté BB+, la catégorie spéculative. Le projet de loi de finances pour 2027, en débat à l'Assemblée nationale, prévoit un effort global de 54 milliards d'euros, dont 43 milliards d'économies directes, selon Zonebourse. « Les investisseurs s'interrogent sur la capacité du pays à conjuguer apaisement social et redressement budgétaire », résume Antoine Fraysse-Soulier, responsable de l'analyse des marchés chez eToro.

Le gouvernement a répondu sur le terrain économique. À l'issue de la cellule interministérielle de crise, lundi à la mi-journée, Sébastien Lecornu a annoncé un chômage partiel pris en charge à 100 % dès mardi pour les commerces touchés, un fonds de soutien spécifique et des couvre-feux localisés, à Paris, Nice et Lille notamment, tout en écartant l'état d'urgence. Reste la facture. Sur Europe 1 lundi matin, l'économiste Marc Touati l'a estimée à environ 1,5 milliard d'euros pour les seuls dégâts directs, contre 900 millions pour l'épisode des gilets jaunes et un milliard pour la semaine d'émeutes de 2023, selon Capital et CNews. « Une facture que paieront en partie les assurances, mais qui finira forcément par être répercutée sur les cotisations à venir pour l'ensemble des Français », a-t-il prévenu, en évoquant aussi des effets durables sur l'activité, les enseignes touchées comptant sur la fin d'année pour sauver leur exercice. Paul Jackson, analyste chez Invesco, cité par Reuters, avertit que les écarts de rendement français pourraient rester élevés au moins jusqu'au milieu de 2027. Pour comprendre d'où vient la colère de la rue, lire aussi notre article sur les lycéens et étudiants dans la rue, de Paris à Tirana.

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