Amine Kessaci quitte Marseille Habitat et vise le porte-parolat des Écologistes
Trois jours après avoir présenté sa démission de la présidence de Marseille Habitat, Amine Kessaci a annoncé le 18 septembre 2026 sur les réseaux sociaux sa candidature au poste de co-porte-parole des Écologistes. Le jeune élu marseillais de 23 ans, figure de la lutte contre le narcotrafic depuis l'assassinat de son frère Brahim en 2020, brigue le siège masculin laissé vacant par la suspension d'Éric Piolle en septembre 2025. Le scrutin interne doit se tenir fin octobre auprès des adhérents du parti.
Le parcours d'Amine Kessaci ne ressemble à aucun autre dans le paysage politique marseillais. Fondateur à seize ans de l'association Conscience, qui vient en aide aux jeunes et aux familles des quartiers populaires, il s'est engagé contre les réseaux de stupéfiants après l'assassinat de son frère Brahim en décembre 2020. Cinq ans plus tard, en novembre 2025, son cadet Mehdi, alors âgé de vingt ans et totalement étranger au trafic, a été abattu en pleine rue par deux hommes à moto. Les enquêteurs privilégient la piste d'un assassinat d'avertissement visant à faire taire le militant.
Depuis ce deuxième deuil, Amine Kessaci vit sous protection policière permanente. Il a poursuivi son combat sur le terrain institutionnel, en défendant au Sénat un texte destiné à étendre la protection des lanceurs d'alerte engagés contre le narcotrafic qui gangrène Marseille. La proposition de loi, portée après la mort de son frère, a toutefois été rejetée en première lecture par la chambre haute début mai, la majorité sénatoriale jugeant l'arsenal juridique existant suffisant.
Une présidence de Marseille Habitat écourtée par un désaccord avec la mairie
Élu il y a quatre mois à la présidence du conseil d'administration de Marseille Habitat, le bailleur social de la Ville, Amine Kessaci avait proposé une candidate pour diriger l'établissement. Le 15 septembre 2026, le conseil d'administration a rejeté cette candidature, recueillie avec une seule voix favorable contre six votes défavorables et quatre abstentions. Une partie des administrateurs jugeait ce choix inexplicable et incompréhensible, en raison d'un scandale d'attribution de logement social survenu en juillet 2024 dans un autre organisme.
Face à cet échec, l'élu écologiste avait proposé une seconde option : cumuler lui-même la présidence et la direction générale, en promettant 100 000 euros d'économies pour le bailleur. Cette proposition a également été repoussée par le conseil d'administration. Amine Kessaci a alors tiré les conséquences de ce double revers et annoncé le soir même sa démission, transmise au maire de Marseille Benoît Payan, qui devait encore l'accepter pour qu'elle devienne effective. Le lendemain, plus d'une trentaine de salariés de Marseille Habitat se sont mobilisés devant l'Hôtel de Ville pour lui apporter leur soutien, signe des tensions internes que traverse l'établissement.
Cette séquence intervient alors que la lutte contre le narcotrafic reste un sujet central du mandat municipal marseillais, où Amine Kessaci avait rejoint la liste de Benoît Payan lors des élections municipales de 2026 avant d'être associé à la gouvernance de plusieurs structures liées à la politique du logement social.
Une candidature nationale qui s'inscrit dans un climat de tensions internes chez les Écologistes
Trois jours après ce départ, Amine Kessaci a changé de terrain en annonçant sa candidature au porte-parolat national des Écologistes. Sur les réseaux sociaux, il a résumé sa démarche en une phrase : Je candidate pour incarner une écologie populaire. Il brigue le siège de co-porte-parole masculin, laissé vacant depuis la suspension provisoire d'Éric Piolle, ancien maire de Grenoble, prononcée en septembre 2025 dans le cadre d'une instruction judiciaire ouverte contre lui pour concussion et recel de délit. Piolle avait pourtant été élu porte-parole avec près de 300 voix d'avance lors du congrès des Écologistes tenu à Pantin en avril 2025.
Le poste de co-porte-parole féminine reste occupé par Aminata Niakaté, adjointe à la mairie de Paris. Amine Kessaci, militant chez les Écologistes depuis 2024, avait déjà porté les couleurs du parti aux élections européennes puis sous la bannière du Nouveau Front populaire lors des élections législatives. Le scrutin interne désignant le nouveau porte-parole doit se tenir fin octobre, par le vote des adhérents, dans un climat de recomposition marqué par la préparation de la primaire des gauches et des écologistes pour 2027, à laquelle Marine Tondelier, actuelle secrétaire nationale du parti, est associée.
La candidature d'Amine Kessaci s'inscrit dans un contexte où le parti cherche à élargir son ancrage électoral au-delà de ses bases traditionnelles. Son profil de militant de quartier populaire, engagé de longue date contre les trafics et devenu une figure médiatique nationale après les deuils successifs de ses deux frères, tranche avec le profil des précédents porte-parole du mouvement. Sa candidature sera scrutée comme un indicateur de l'adhésion des militants écologistes à cette ligne d'ouverture vers les quartiers populaires, un an après les débats houleux qui ont suivi la suspension de son prédécesseur.
Reste à savoir si cette bascule vers la politique nationale marque un retrait durable des affaires locales marseillaises pour Amine Kessaci, ou si elle s'ajoute simplement à un agenda déjà chargé entre son mandat d'élu municipal, son association Conscience et son rôle de porte-voix des familles de victimes du narcotrafic. Le calendrier serré entre la fin du feuilleton Marseille Habitat et l'annonce de sa candidature nationale illustre, en tout cas, la vitesse à laquelle son engagement s'est transformé en trajectoire politique en à peine deux ans.