Cristina Semblano, économiste... (DR)

L'économiste Cristina Semblano au sujet du Portugal : "Il faut lutter pour un moratoire sur la dette "

Cristina Semblano enseigne l’économie portugaise à l’université de Paris-IV Sorbonne. Entretien...

-. La Troïka parle de retour de la croissance, de baisse du chômage…

Cristina Semblano :  La vérité c’est que le Portugal vient de connaître trois années successives de récession, même si, le Tribunal Constitutionnel, en contrariant certaines décisions du gouvernement, a contribué à en limiter l’ampleur. Quant au chômage son taux est important ( 15.4%, près de 40% pour les jeunes) et sa baisse s’explique fondamentalement par une émigration de masse, équivalente  à celle de la dictature

-. Les mesures dictées par la Troïka ne permettent donc pas de sortir de la crise ?

Aucunement, bien au contraire ! Ces mesures-là enfoncent plutôt le Portugal dans la spirale de la récession et de la dette. Celle-ci  représentait 104% du PIB avant cette intervention, elle  est  aujourd’hui de l’ordre de 130%. Et c’est pour cela que l’on a appauvri l’un des peuples les plus pauvres de l’UE, en lui imposant des baisses de revenus, en limitant son accès à la santé, ou en l’en excluant,  en augmentant la précarité, l’exclusion et les inégalités déjà très présentes dans la société portugaise.

 Pourquoi alors s’obstiner, quel est le but ?

Disons-le simplement,  le but est d’augmenter la dette, de façon à justifier la poursuite de politiques d’austérité et achever la destruction  des acquis sociaux que le Portugal a conquis  avec la Révolution (1974), notamment des systèmes d’éducation et de santé publics accessibles à tous les citoyens

Comment le Portugal peut-il sortir de cet engrenage ?

La solution est nécessairement politique, comme le sont les mesures  de la Troïka.  Un moratoire sur la dette s’impose, comportant l’annulation d’une partie substantielle de celle-ci et la négociation, pour la partie restante, de conditions de délai et taux avec l’ensemble des créanciers. Il est inadmissible que les intérêts versés à ces derniers puissent être supérieurs au budget de l’Education ou de la Santé. Mais un moratoire sur la dette ne suffit pas. Il faut que le Portugal revoie son modèle de développement, basé sur des bas salaires, et ceci n’est pas possible dans le cadre institutionnel actuel de l’Europe…