Vacances scolaires : Macron veut réduire l'été à « un gros mois »
Emmanuel Macron a relancé le débat sur les rythmes scolaires en se déclarant favorable à une réduction des vacances d'été à « un gros mois ». Lors d'un échange avec des lycéens de Vesoul ce jeudi 6 février, le chef de l'État a plaidé pour des journées de cours plus courtes au collège et au lycée, compensées par un raccourcissement de la longue coupure estivale. Une annonce qui provoque déjà de vives réactions chez les enseignants et les professionnels du tourisme.
C'est dans le cadre d'un entretien accordé au média Brut que le président de la République a détaillé sa vision. « La contrepartie, c'est sans doute d'avoir des vacances plus courtes : on pourrait reprendre un peu plus tôt au mois d'août, on pourrait partir un peu plus tard en vacances. Je pense qu'un gros mois de vacances, ce serait envisageable », a-t-il déclaré. Le chef de l'État souhaite ainsi que les collégiens et lycéens bénéficient de journées allégées, leur permettant de « pouvoir faire du sport » ou de participer à des « activités culturelles » en fin de journée.
Cette prise de position s'inscrit dans la continuité des propos tenus par la ministre de l'Éducation nationale, Élisabeth Borne. Dès janvier 2025, celle-ci avait évoqué dans une interview au Parisien la possibilité de réduire les vacances d'été dès 2026, estimant que « les longues coupures estivales se traduisent par des pertes de niveau chez les élèves les plus fragiles ». Une convention citoyenne dédiée à « l'organisation des temps de l'enfant » a d'ailleurs été lancée en juin 2025 pour alimenter la réflexion.
Un argument social au cœur du projet
Pour justifier cette réforme, Emmanuel Macron met en avant la question des inégalités. Le président rappelle que la France dispose de « très longues vacances » et soutient que cet écart crée « de l'injustice » sociale. Les enfants issus de milieux défavorisés seraient ceux qui « désapprennent » le plus pendant les deux mois de coupure estivale, faute d'accès à des activités éducatives ou culturelles. Un constat partagé par plusieurs études internationales qui pointent le phénomène de « summer learning loss », particulièrement marqué chez les élèves de catégories sociales modestes.
Pourtant, les comparaisons européennes nuancent ce discours. Selon l'enquête Eurydice, la France compte 54 jours de congés estivaux, un chiffre inférieur à la moyenne européenne. Seules la Belgique (51 jours), les Pays-Bas (45 jours) et le Danemark (43 jours) font moins. À l'autre bout du spectre, Malte accorde 91 jours et l'Italie 95 jours de vacances d'été à ses élèves. La France n'est donc pas le cancre que certains décrivent en matière de durée estivale.
Syndicats et professionnels du tourisme vent debout
L'annonce présidentielle n'a pas tardé à susciter de vives oppositions. Le syndicat des enseignants Unsa a exprimé son « indignation », tandis que sur les réseaux sociaux, de nombreux professeurs dénoncent une réforme qu'ils jugent précipitée et mal adaptée aux réalités du terrain. « Emmanuel Macron nous ressort l'idée des vacances scolaires à chaque fois qu'il veut faire diversion », accusent certaines voix syndicales, qui rappellent que ce sujet revient de manière cyclique dans le débat public sans jamais aboutir. En 2013 déjà, le ministre Vincent Peillon avait envisagé de ramener les congés d'été à six semaines, sans succès.
Les professionnels du tourisme, secteur qui représente près de 8 % du PIB français, font également part de leurs inquiétudes. Un raccourcissement brutal de la période estivale pourrait fragiliser l'économie des zones balnéaires et de montagne, fortement dépendantes de la clientèle familiale entre juillet et août.
La mise en œuvre de cette réforme reste par ailleurs très incertaine. Si le président se dit « favorable », les modalités précises – ampleur du raccourcissement des journées, durée exacte des vacances, calendrier d'application – demeurent à définir. Les propositions issues de la convention citoyenne devront encore être traduites en textes réglementaires, un processus qui nécessitera des arbitrages ministériels et budgétaires. Certains observateurs estiment que la réforme pourrait être renvoyée après l'élection présidentielle de 2027, comme ce fut le cas pour d'autres promesses présidentielles en matière d'éducation.
Une chose est certaine : entre les aspirations au changement des familles, les résistances du corps enseignant et les enjeux économiques du tourisme, le dossier des rythmes scolaires reste l'un des plus inflammables de la politique éducative française.