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Titres de séjour à Marseille : quand la préfecture broie des vies

À Marseille et dans les Bouches-du-Rhône, des milliers d'étrangers en situation régulière se retrouvent piégés par les dysfonctionnements de la préfecture. Entre délais interminables, pertes d'emploi et vies suspendues, le renouvellement d'un simple titre de séjour vire au parcours du combattant. La Cimade tire la sonnette d'alarme.

« Je ne demande qu'à travailler, mais je suis face à un mur. » Ce cri de détresse, rapporté par La Provence, résume à lui seul le calvaire vécu par de nombreux résidents étrangers dans les Bouches-du-Rhône. Alors qu'ils disposent d'un droit légal de séjourner et de travailler en France, ils se heurtent à une administration débordée, incapable de traiter leurs dossiers dans des délais raisonnables.

Le phénomène n'est pas nouveau, mais il s'aggrave. Depuis le début de l'année 2026, les témoignages se multiplient. Des titulaires de cartes de séjour pluriannuelles, parfois installés en France depuis des années, se retrouvent dans l'impossibilité de justifier leur situation régulière auprès de leur employeur, de leur bailleur ou des organismes sociaux. La raison : une préfecture qui ne répond pas, ou trop tard.

Des vies brisées par l'attente administrative

Le cas de « Monsieur M. » est devenu emblématique. Marié et père de deux enfants, cet homme a déposé sa demande de renouvellement de carte de séjour pluriannuelle dès fin juin 2024, soit plus de deux mois avant l'expiration de son titre, prévue début septembre 2024. Malgré cette anticipation, il n'a jamais reçu de réponse. Résultat : son employeur, dans l'impossibilité de vérifier la régularité de sa situation, l'a licencié le 31 décembre 2025. « Une situation kafkaïenne, à la fois incompréhensible et intolérable », dénonce La Cimade Marseille.

Ce témoignage n'est pas isolé. France Bleu Provence avait déjà révélé le cas de Mélissa, une ingénieure algérienne de 26 ans, diplômée en automatisme et systèmes embarqués, dont le CDI avait été suspendu par son employeur faute de récépissé de renouvellement. « Les demandes sont envoyées par courrier recommandé, tout le monde dépend du fonctionnement des services postaux », se justifiait alors la préfecture. Une réponse jugée insuffisante par les associations.

La préfecture des Bouches-du-Rhône traite environ 25 000 demandes par an. Un volume qui dépasse manifestement ses capacités, malgré les efforts de dématérialisation engagés via la plateforme ANEF. Cette dernière, censée fluidifier les démarches, génère elle-même son lot de dysfonctionnements : bugs techniques, pièces jointes impossibles à télécharger, statuts incohérents. Des usagers pensent avoir finalisé leur demande alors qu'elle n'a jamais été transmise.

La Cimade interpelle le préfet

Face à l'ampleur du problème, l'antenne marseillaise de La Cimade a adressé un courrier ouvert au préfet Jacques Witkowski, documentant les « dysfonctionnements dans le renouvellement des titres de séjour » et exigeant des mesures correctives. L'association réclame notamment le respect des délais légaux de traitement et la délivrance systématique de récépissés provisoires permettant aux demandeurs de continuer à travailler.

Le problème dépasse d'ailleurs les frontières départementales. Dans les Yvelines, la sous-préfecture de Saint-Germain-en-Laye, qui traite 17 500 demandes annuelles, affiche des délais de rendez-vous de trois à quatre mois. À Lyon, le délai moyen pour une première demande atteint 260 jours. Partout en France, le constat est le même : les préfectures sont submergées.

Pour ne rien arranger, le projet de loi de finances 2026, adopté le 2 février dernier, prévoit une hausse significative des taxes liées aux titres de séjour. La taxe pour une première délivrance passe de 200 à 300 euros, à laquelle s'ajoute un « droit de visa de régularisation » de 300 euros pour les personnes entrées sans visa, dont 100 euros non remboursables en cas de refus. Des travailleurs étrangers pourtant intégrés dans le tissu économique se retrouvent ainsi doublement pénalisés : par l'attente et par le coût.

En attendant des améliorations structurelles, les recours restent limités. Le Défenseur des droits peut être saisi, et au-delà de quatre mois sans réponse, un rejet implicite ouvre la voie à un recours devant le tribunal administratif. Maigre consolation pour ceux qui, comme « Monsieur M. », ne demandent qu'une chose : pouvoir continuer à vivre et travailler légalement dans un pays qu'ils ont choisi.

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