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Stratégie IA en entreprise : le vrai défi est celui du pilotage

L'intelligence artificielle est partout dans les entreprises françaises, mais rarement pilotée. Entre expérimentations dispersées, gouvernance floue et promesses de gains jamais mesurés, le véritable enjeu n'est plus technologique : il est organisationnel. Un constat qui pousse de plus en plus d'organisations à repenser leur approche stratégique de l'IA.

Les chiffres donnent le vertige. Selon une étude du MIT, seules 5 % des entreprises ayant déployé des solutions d'intelligence artificielle constatent aujourd'hui des gains de productivité mesurables. À l'inverse, Goldman Sachs estime que les organisations capables de structurer leurs usages peuvent atteindre 15 à 25 % de gains. L'écart est considérable et révèle une réalité préoccupante : l'IA n'est pas absente des entreprises, elle y est désorganisée.

Cette situation porte un nom désormais bien connu des DSI : le shadow IA. Une intelligence artificielle fragmentée, parfois non sécurisée, souvent non mesurée, dont le retour sur investissement reste flou. Les risques sont pourtant bien réels : juridiques avec l'entrée en vigueur de l'AI Act européen, humains avec les questions de biais algorithmiques, et organisationnels avec la multiplication d'outils non coordonnés.

Le Chief AI Officer, nouveau pilier de la gouvernance

Face à ce constat, une fonction émerge comme réponse stratégique : le Chief AI Officer (CAIO). Sa mission ? Définir une vision IA alignée avec les enjeux business, prioriser les cas d'usage à impact réel, structurer une gouvernance claire et coordonner les initiatives pour éviter la dispersion. « Sans pilotage, l'IA reste un empilement d'outils. Avec une gouvernance claire, elle devient un levier de performance durable », résument les experts.

Pour les PME et ETI, le modèle du Chief AI Officer à temps partagé apparaît comme une réponse pragmatique. Il permet d'accéder à une vision stratégique et à une capacité d'arbitrage sans rigidité organisationnelle. Selon une étude Bpifrance de juin 2025, 43 % des PME et ETI ont déjà adopté l'IA. Mais seulement 34 % ont formé leurs équipes à la gestion des données, point aveugle majeur de cette transformation.

La France dispose pourtant d'atouts considérables. L'écosystème IA français compte désormais plus de 1 000 startups, soit le double de 2021. Ces jeunes pousses ont levé 1,9 milliard d'euros en 2024, avec des tours de table records pour Mistral AI et d'autres champions tricolores. La France est devenue le premier hub européen de l'IA générative.

Un cadre réglementaire structurant

L'AI Act européen, entré en vigueur le 13 juin 2024, impose désormais un cadre strict. Les entreprises doivent veiller à la transparence concernant la provenance et l'utilisation des données, assurer la sécurité par le chiffrement, garantir la conformité légale et l'éthique, et attribuer clairement les responsabilités. La norme ISO 42001 offre une méthodologie structurée pour y parvenir.

Le gouvernement a lancé en février 2025 une troisième phase de la stratégie nationale IA, avec l'annonce de 109 milliards d'euros d'investissements privés. L'Académie de l'IA, prévue pour fin 2025, doit rassembler ressources et formations pour accompagner toutes les entreprises. Parmi les objectifs : accompagner 400 PME et ETI dans l'adoption de solutions IA visant à accroître leur compétitivité.

Les dirigeants français restent optimistes : 62 % estiment que l'IA générative améliorera l'efficacité de leurs collaborateurs, et 54 % anticipent une rentabilité accrue sous douze mois. Mais l'enjeu n'est plus de multiplier les expérimentations. Il est de passer d'une IA dispersée à une IA gouvernée, mesurée et alignée sur la stratégie d'entreprise. Le vrai pilote de la transformation n'est pas la technologie, c'est l'organisation.

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